Du centre-ville à Dorigny

Marquant la fin du déménagement des dernières facultés (Sciences sociales et politiques, Théologie et Lettres) du centre-ville de Lausanne au site de Dorigny, le BFSH 2 est inauguré officiellement le 9 septembre 1987. Cette deuxième étape pour les sciences humaines était déjà prévue dans le plan directeur de l’UNIL, en anticipation de la croissance du nombre d’étudiantes et d’étudiants.

Le contrat est signé en 1982 entre les trois architectes et l’État de Vaud, commanditaire du bâtiment, représenté par le Comité directeur du Bureau de construction de l’Université de Lausanne à Dorigny (BUD). Avec un dépassement d’un peu moins de 4 millions sur le budget initial, le BFSH 2 a coûté finalement plus de 78 millions de francs. Ce chantier est le plus important du canton dans les années 1980, avec celui du CHUV.

Les architectes

Le mandat de construction est confié aux architectes Jacques Dumas, Mario Bevilacqua et Jean-Luc Thibaud. En qualité d’architecte en chef du BUD, Guido Cocchi donne les noms de « valeurs sûres »de l’architecture vaudoise au Comité directeur. Aucun concours n’a lieu: Cocchi mandate directement Dumas et Bevilacqua sur la base de leurs carrières. Les deux architectes bien établis sont chargés de recruter un jeune confrère et choisissent Thibaud, que Bevilacqua connaît de l’EPFL. L’équipe est ainsi formée d’architectes différents, par leur âge, leur formation et leur style. Se répartissant les tâches entre les trois architectes et leurs collaborateurs, ils créent un bureau physique et se rencontrent au minimum une fois par semaine. Jacques Dumas prend en charge la gestion administrative et la communication entre le bureau, le maître d’ouvrage et les tiers; Jean-Luc Thibaud s’occupe du « bureau technique » (dessinateurs, soumissions, etc.); Mario Bevilacqua gère le chantier.

Le projet

Lors de la conception du projet, deux requêtes sont formulées par le Rectorat: la possibilité de moduler les espaces, ainsi que le développement d’une architecture conceptualisant des « maisons » pour chaque section et institut. Rapidement, la grande surface habitable demandée et la volonté de s’intégrer au mieux à l’environnement de Dorigny ont poussé les architectes à trouver des solutions originales.

Trois projets pour un bâtiment

Ainsi, la forme en X ou en « accordéon » permet de rallonger la façade et la surface habitable sans augmenter la longueur ni la hauteur du bâtiment. Le programme doit aussi se conformer au plan directeur; ceci est une condition déterminante du projet. Les exigences sont les suivantes: 250 bureaux pour les corps enseignant et administratif, 70 salles de séminaires (20-40 places), deux grands auditoires polyvalents (200 et 500 places), trois autres plus modestes (120 places), des salles de lecture pour les étudiantes et étudiants, et des locaux techniques. L’aménagement de zones vides est inclus dans ce programme. De plus, le BFSH2 doit respecter certains principes architecturaux imposés par le BUD sur tout le campus universitaire, notamment la hauteur des étages et du bâtiment, le dimensionnement basé sur une trame de 1.20 m, les façades en verre et aluminium, et la présence de galeries extérieures.

L’espace

Pour faire cohabiter plusieurs facultés, et en raison de la taille du bâtiment, les architectes conçoivent le BFSH2 comme une ville contenant ses propres maisons et appartements, mis en relation par des rues et des places. En effet, le plan choisi permet de distribuer tous ces espaces de manière raisonnée. L’individualité des facultés est préservée, mais la rencontre est possible, voire encouragée. Afin de rendre harmonieuse cette cohabitation des différents organes, l’organisation spatiale du bâtiment est séquentielle. Le développement est répétitif, que ce soit dans les unités de lieu de travail, dans la circulation verticale, ou dans les unités d’avant-corps. De plus, la structure modulaire est conçue pour garantir la convertibilité des affectations.

Plusieurs aspects structurels sont critiqués dès l’inauguration, notamment la circulation et les espaces de travail. Fonctionnels et esthétiques, les escaliers sont destinés à être des lieux de regroupement, privilégiant l’identification et la communication entre utilisatrices et utilisateurs. Un journaliste les décrit dans la Nouvelle Revue de Lausanne comme « des déambulatoires le long desquels les moines-étudiants sont appelés à se rencontrer, à s’arrêter pour échanger leurs notes ou à cheminer de concert ». À l’origine, chacun des escaliers devait mener aux deux facultés principales, Lettres et SSP. Cependant, faute de place, les facultés n’ont pas pu être clairement délimitées comme prévu en théorie; des occupantes et occupants de différentes facultés se croisent donc régulièrement en se déplaçant. Les bureaux étaient également considérés comme conventuels, en particulier ceux qui ont été ajoutés au fil du projet et qui donnent sur les galeries intérieures. Bien que l’intention première était d’y apporter un éclairage naturel, ceux-ci forment des espaces vitrés dans lesquels on peut observer les personnes depuis les couloirs.

Les pleins et les vides

Il y a une volonté de la part des architectes de laisser apparents les matériaux des structures porteuses, quitte à exhiber les traces de coffrage du béton, les circuits électriques ou les structures métalliques. Dans la structure générale du bâtiment, le béton et le métal sont omniprésents: la structure-squelette en béton apparent pour les porteurs verticaux (mur, pilier) et pour les dalles à caissons; la structure-gaine en béton armé incrusté de céramique; la structure métallique indépendante des avant-corps (auditoire, cafétéria) constituée de fermes en profilé acier normal et d’un plafond acoustique en tôle perforée. L’enveloppe est composée de façades pignons, en plaques de béton préfabriqué incrustées d’inox, qui cadrent les façades rideaux métalliques, devant lesquelles sont suspendues des coursives de fuite en profilé acier normal et en caillebotis. La façade intérieure est en profilé acier normal s’ouvrant sur de grands puits de lumière. Le revêtement du sol est en résine époxy (circulations et laboratoires), en tapis aiguilleté (bureaux, salles de séminaire et auditoires) ou en granit (cafétéria et escaliers).

L’autre acteur phare de l’édifice est la lumière naturelle, une composante importante pour les architectes. Les vides laissés à chaque étage forment des balcons donnant sur d’immenses puits de lumière; ce souci de l’éclairage naturel est une caractéristique déterminante du bâtiment, tant au niveau fonctionnel qu’esthétique. Alliés aux matériaux tangibles, les vides présents dans le bâtiment atténuent la lourdeur du béton et créent des lignes de fuite et des perspectives bienvenues. Le verre, les arêtes, les trames métalliques ou de céramique, et les joints négatifs contribuent aux impressions d’ouverture et de légèreté. Toutefois, ce jeu de vides et de demi-étages peut être à l’origine du sentiment de désorientation connu des utilisateurs, que le codage savant (les escaliers de formes différentes, les couleurs des céramiques, etc.) ne suffit pas à combler.