TTT – 100 Cocktailpartyfragen

Une nouvelle fois, les Lausannois ont osé franchir des barrières, à commencer par la Barrière de Röstis lors du deuxième weekend thématique du Think Tank Theology. (c.f le précédent article sur le sujet pour une présentation du TTT). Le thème « 100 Cocktail-Party-Fragen », traduit « Théologien dans le monde, théologiens face à l’incompréhension », nous permettait pour le moins pas mal de liberté dans le choix des sujets de workshop. Au-delà de la difficulté qu’est la traduction d’un titre ou d’un discours théologique de l’allemand au français, ce sont les questions auxquels nous, théologiens ou théologiens en devenir, sommes confrontés dans nos rencontres quotidiennes avec celles et ceux qui souvent n’entretiennent qu’un rapport pour le moins faible et ambigu avec notre domaine d’étude. Ces situations nous poussent à nous positionner de manière aussi claire que possible, et ne manquent pas de nous mettre de temps à autre dans l’embarras, notamment lorsque nous sommes confrontés à des questions polémiques.

Un flipchart permettait d'inscrire les questions qui nous étaient le plus souvent posées.

Un flipchart permettait d’inscrire les questions qui nous étaient le plus souvent posées.

Ce sont donc cinq vaillants Welschs – Noémie Bosshard, Emanuelle Ummel, Cécile Pache, Elio Jaillet et moi-même, Philippe Golaz – qui ont fait le déplacement jusqu’à Oeschseite dans le canton de Berne, près de Zweisimmen, en ce vendredi 7 mars 2014. Après un voyage qui nous aura fait passer par des cols enneigés, des vallées paisibles et de petits chemins (de fer, pour certains) à flanc de montagne, nous avons trouvé, dans un premier temps, du repos dans une maison isolée au fond de la vallée de Simmental. Là, d’autres étudiants nous ont rejoints, venant des quatre coins de la Suisse, ou presque. Quelques-uns venaient de Coire, d’autres de Bâle ou de Berne, et une bonne poignée de Zürich. Au total, une petite trentaine de personnes ont fait le déplacement. La plupart des visages étaient déjà connus suite au dernier weekend qui s’était tenu à Saas-Grund, facilitant ainsi les premiers contacts, et permettant aux langues de se délier plus rapidement. Parlons-en, des langues ! Le schwiitzertüütsch (c’est ainsi que le suisse-allemand s’appelle en suisse-allemand) est bien entendu celle qui aura été le plus parlée, surtout par les étudiants alémaniques, mais également par les Romands qui ont su faire un effort avec plus ou moins de réussite, le français venant ensuite, parlé surtout par les Romands, mais également par les Alémaniques qui ont su faire un effort, là aussi avec plus ou moins de réussite. Ainsi, même le Welsch, qui peut si facilement rechigner aux événements interlinguistiques par peur de subir le diktat du suisse-allemand et de s’entendre dire plus que de raison que pour les Romands c’est le même chose! dans un agréable français fédéral, est accueilli avec le sourire et se sent rapidement à sa place. L’anglais, vous dites ? Pas question d’user d’une telle solution de facilité, ce que nous cherchons c’est à nous enrichir de nos différences, et cela passe également par la langue, une première étape dans l’éloignement de nos zones de confort.

L'église de Zweisimmen vue de l'intérieure.

L’église de Zweisimmen vue de l’intérieure.

Le vendredi soir, après un bon repas, toute la troupe s’est dirigée vers le village de Zweisimmen et son église datant du XIIe siècle pour un temps de recueillement autour du Cantique des Cantiques. C’est le samedi que les workshops se sont tenu, traitant de sujets tels que « La prière: un flirt avec Dieu? », « Parole de Dieu, parole vivante », « La théologie est-elle une science ? », etc.
Avec Emanuelle et Noémie, nous avons pris en charge l’un de ceux-ci. Sous le titre « Quelle place pour notre identité religieuse face à l’analphabétisme religieux du monde ? », nous avons mené une réflexion et une discussion autour de l’identité religieuse, et de la place que celle-ci occupe dans nos interactions avec le monde, et plus particulièrement lorsque nous sommes confrontés à des questions polémiques cherchant à renforcer, ou à polariser, les points de désaccord entre les différentes confessions. Dois-je alors répondre à titre purement personnel, refléter également la position de mon Eglise, ou répondre autant que possible de manière oecuménique ?
De manière générale est ressortie l’importance de prendre au sérieux les questions et les interpellations que nous recevons de l’extérieur en tant que théologiens, d’aller au-delà des préjugés qu’elles peuvent parfois transporter, pour toucher aux dimensions existentielles et spirituelles qui les animent, et tenter de leur apporter une réponse aussi juste que possible.

Michael, de Zürich, en pleine discussion avec René, de Coire.

Michael, de Zürich, en pleine discussion avec René, de Coire.

Le TTT se voulant un lieu à la croisée des chemins de l’académisme et de la réalité du terrain ecclésial, ces deux aspects se retrouvent également dans le programme. Une partie du weekend, nous occupons notre temps à réfléchir et débattre. Une autre partie de notre temps, nous l’occupons à célébrer ensemble, lors des différents offices organisés et menés par les étudiants, entre Romands et Alémaniques, calvinistes, luthériens et zwingliens, catholiques et protestants. Et il reste (heureusement) encore un peu de temps pour se retrouver autour d’un café ou d’une bière, avec une branche de chocolat ou une pomme, pour discuter librement de sujets futiles comme nos projets de vacances ou d’oenologie, ou de sujets plus sérieux qui touchent à la théologie, à l’académisme, à l’éthique, et même tu TTT itself.

C’est donc à nouveau sur un bilan positif que s’est terminé ce second weekend thématique. Dans la foulée, plusieurs étudiants lausannois ont choisi de s’engager dans cette aventure. Elio Jaillet était déjà membre du Comité d’Organisation pour cette fois-ci, il a choisi de rempiler pour un semestre supplémentaire, et il a été rejoint par Cécile Pache. De mon côté, j’ai intégré le Comité Directoire en tant que webmaster. Ce que nous, lausannois, apprécions particulièrement, c’est de pouvoir confronter nos positions théologiques avec d’autres étudiants, les mettre à l’épreuve du feu dans un environnement tout de même sécurisant afin de mieux les former, comme on place un morceau de métal dans les braises pour le forger en une épée aiguisée et précise. En effet, lors de nos semaines de cours habituelles, bien que nous nous retrouvions pour manger ou pour papoter régulièrement, nous avons constaté que nous n’abordons des sujets théologiques que rarement. Sûrement que la fatigue de la journée y est pour quelque chose, le fait qu’après avoir passé plusieurs heures de la matinée ou de la journée à réfléchir et discuter théologie dans le cadre de nos cours, nous avons aussi envie et besoin de quelque chose d’autre, de plus simple, pour reprendre notre souffle. D’où la nécessité et l’importance d’avoir des espaces de discussion théologiques à destination des étudiants, pour nous aider à former notre propre théologie, à nous rendre compte des limites de notre pensée, de nos propres incohérences, qui ne peuvent être mises en lumière qu’en les exposant aux autres. Bien entendu, il ne s’agit pas que d’un exercice masochiste où l’on trouve du plaisir à prendre conscience de nos éventuelles erreurs.

Toute l'équipe du TTT

Toute l’équipe du TTT

Il s’agit essentiellement d’un lieu d’enrichissement mutuel, à tous les niveaux, personnels, culturels, linguistiques, spirituels et théologiques. Ce sont pour toutes ces raisons que nous encourageons une fois de plus les étudiants en théologie de toute la Suisse, et tout particulièrement les Romands qui ne sont pour le moment pas très présents, à venir tester le Think Tank Theology lors du prochain weekend, du 24 au 26 octobre 2014. Rendez-vous est donc donné ! En attendant, nous pouvez toujours aller faire un tour sur le site internet (thinktanktheology.ch) pour être tenu au courant de l’actualité du TTT, et déjà commencer à prendre part à l’un ou l’autre débat.

Pour les Lausannois du TTT,
Philippe Golaz

Pour ceux qui le souhaitent, voici le compte-rendu du workshop animé par les Lausannois:
Compte-rendu Workshop TTT

©Photos: Philippe Golaz