J’ai vraiment vécu à Paris

A mon retour de mon semestre à Paris à l’automne 2013, j’ai dû écrire un petit compte-rendu. Seul hic, syndrome de la page blanche. Comment est-ce possible ? Comment peut-on rester muet alors qu’on a 5 mois de vie dans lesquels on peut piocher ? Mon voyage serait-il un échec ? Mais finalement, plus je réfléchis et plus je comprends mon blocage. Lorsque je me retourne vers Paris je n’ai qu’un quotidien à raconter.

Vue sur les toits de Paris

Vue sur les toits de Paris

J’ai déjà pu parler de plusieurs événements clés dans mon blog, mais, finalement, Paris n’a pas été une expérience extraordinaire où j’ai tout à commenter, tout à décrire, tout à comparer, tout à diviniser. Etant plutôt une solitaire, je n’ai eu aucun problème à poser mes marques dans mon antre et dans les environs.

L'antre en question

L’antre en question

Etant une femme d’habitudes (bon, d’accord, à tendance légèrement psychorigide), j’ai rapidement creusé et façonné mes pistes et mes repères: laverie, squares, Carrefour, Centre Sèvres … au final, je n’avais qu’à arpenter mes pistes toutes tracées pour me sentir en sécurité. Je suis parfois sortie des sentiers battus pour aller visiter un coin sympa ou découvrir une expo. Mais, au final, je n’ai pas grand-chose à dire de plus que ce qui a déjà été écrit dans les précédents articles de mon blog. Malgré tous mes efforts pour n’être qu’une étrangère de passage dans cette ville, je crois que je peux vraiment dire « j’ai vécu à Paris ». J’avais toujours cru qu’un étudiant Erasmus restait un peu un touriste malgré lui. C’est faux. Je n’ai rien d’extraordinaire à raconter, tout ce que je peux dire, c’est que j’ai vécu ces cinq mois. Et pendant ces cinq mois, j’étais une parisienne.

Une Parisienne c’est quelqu’un qui vit à son rythme, parce que Paris n’en a pas. Une Parisienne se demande toujours si elle va décéder en traversant un passage piéton. Une Parisienne marche vite et slalome entre les gens. Elle marche les mains dans les poches en direction d’une station de métro, après tout y en a toutes les 5 minutes, dans le pire des cas. Une Parisienne peut participer à la vie cultuelle catholique, orthodoxe, protestante, évangélique, musulmane et juive dans la même semaine. Mais une Parisienne ex-campagnarde (comme moi) c’est une Parisienne qui apprécie la verdure et les jardins, qui tend l’oreille à chaque piaillement d’oiseaux, qui enclenche FarmVille 2 sur Facebook pour entendre les chèvres et les vaches. C’est une Parisienne qui émiette sa baguette de pain dans sa soupe et sourit aux gens. J’ai été parisien à chaque fois que je passai devant le Sacré-Coeur ou que j’entendais ses cloches.

Le Sacré Coeur, à deux minutes de mon studio.

Le Sacré Coeur, à deux minutes de mon studio.

Paris est une ville que j’aime et que je déteste en même temps. Parce qu’il s’agit d’une ville magnifique lorsqu’on a le temps. Quand on a le temps de passer par Châtelet et de s’arrêter devant les groupes de musique et autres mini-orchestres. Quand on a le temps de rater sa station de métro pour écouter encore un peu une chanteuse d’opéra ou des musiciens tous plus variés les uns que les autres ou de se perdre afin de tomber sur une église, une fontaine, une statue, un beau quartier ou un parc. Mais Paris c’est une ville qui vous met au pas. Et si on ne s’adapte pas, elle ne nous tendra jamais la main. Paris c’est une ville qui exacerbe la moindre frustration, le petit bout de colère ou de lassitude, le moindre petit coup de fatigue ou de blues. Paris est vicieuse. Paris est vicié. Paris a installé l’extrême riche et l’extrême pauvre côte à côte. Paris est un peu orgueilleuse. Paris isole… c’est ce qui fait qu’au-delà de ses apparences, c’est le contact humain qui va faire changer la donne. Parce que Paris reste une grande capitale et la solitude y est, je crois, l’un des pires fléaux. J’ai aimé Paris lorsque j’avais le temps de l’apprécier visuellement. J’ai détesté Paris lorsque j’ai dû me stresser dans le rythme quotidien. Je me suis réconciliée avec Paris lorsque j’ai rencontré ses habitants personnellement.

Est-ce que mon semestre m’a été bénéfique ? Je ne sais pas encore. Je ne peux pas dire que j’étais triste de rentrer et que je respirais la joie et l’ultime bien-être. Je suis rentrée avec 5 kilos en moins, des cheveux abimés, des yeux ternes. Je ne vais pas mentir, mon semestre n’a pas été facile et j’ai de plus en plus de souvenirs négatifs et pessimistes lorsque je repense à cette ville. Mais je suis très heureuse d’avoir rencontré beaucoup de monde, je suis reconnaissante d’avoir gardé contact avec plusieurs personnes et j’ai déjà mes billets de train pour y retourner en été. C’est une étape de ma vie dans un long processus de recherche et de réflexion. C’est aussi un moment où on se retrouve livré à soi-même et où on peut apprendre qu’on est capable de se débrouiller seul. Finalement, je crois que Paris a continué ou lancé plusieurs réflexions en offrant une autre perspective pour appréhender la vie.