Deux Vaudois chez les Vaudois

Lors d'une retraite à Ecumene, en dehors de la ville.

Lors d’une retraite à Ecumene, en dehors de la ville.

Voilà un peu plus d’un mois que nous sommes revenus de notre séjour d’un semestre à la Facoltà valdese di Teologia de Rome. Ne vous méprenez pas, cette faculté « vaudoise » n’est pas une enclave de notre beau canton de Vaud ; les valdesi, « vaudois » du Piémont, sont, avec les méthodistes et les batistes, les protestants historiques en Italie. Ils ne sont pas très nombreux, mais ils sont présents et ils ont une faculté de théologie pour tout le pays : la Facoltà valdese de Rome.

Chacun de nous avait la volonté de faire un séjour à l’étranger durant nos études, pour des raisons différentes, que nous avons finalement combinées dans ce projet : « faire l’expérience d’une église minoritaire, qui contraste avec le protestantisme vaudois dans lequel je suis plongé depuis petit » pour Sylvain, et « expérimenter une autre manière de faire de la théologie » pour Alice. Et pour les deux, un fort désir de faire un séjour en Italie, ce pays qui nous a toujours attiré car il était synonyme de retour aux racines pour Alice, et d’amour de l’italien pour Sylvain. En plus de cela, c’était l’occasion parfaite pour vivre notre première expérience de vie en commun !

Nous avons donc décidé de partir durant notre deuxième semestre de master, et pour cela nous avons postulé pour la bourse d’envoi de l’Eglise évangélique réformée du canton de Vaud (EERV), que nous avons obtenue. Cette généreuse bourse nous a permis de mener une vie confortable pendant 4 mois à Rome, et pour cela nous sommes extrêmement reconnaissants à notre Eglise !

Emblème de la Chiesa Valdese

Symbole de la Chiesa Valdese

Cette expérience fut vraiment très enrichissante, sous plusieurs aspects. Mais avant de raconter quelques unes de nos aventures, il faut parler un peu du contexte dans lequel nous sommes arrivés. Le bâtiment de la faculté est assez petit : il contient une bibliothèque (assez grande pour une si petite faculté), deux salles de cours, une grande salle de conférences, et dans les étages des chambres d’étudiants et des appartements pour les professeurs. De l’autre côté du bâtiment se trouve une des églises valdese de Rome, le Tempio valdese di piazza Cavour. C’était donc bien différents des facultés de Lausanne, Genève et Neuchâtel auxquelles nous étions habituées.

Passons maintenant à quelques expériences de vie romaine. Tout d’abord, les cours : si parfois ils ne peuvent être très approfondis (en effet, comme il y a peu d’étudiants, la majorité des cours sont communs pour toutes les années), ceux-ci sont généralement tournés et centrés sur l’avenir de la plupart des étudiants, le pastorat. Mais l’expérience la plus enrichissante fut sans aucun doute les discussions avec les étudiants. Nous avions très souvent de grandes discussions de comparaison entre nos pays, nos églises, et surtout nos points de vue théologiques sur de nombreux sujets. En plus de ces moments plus « intellectuels », nous avons bien sûr passé de superbes moments en compagnie des étudiants, par exemple des matchs de foot pour Sylvain, du shopping pour Alice, et une retraite d’un week-end en décembre dans un lieu d’accueil pour des camps. Ces deux jours ont certainement été le moment où nous nous sommes sentis vraiment intégrés dans leur communauté. En effet, eux-mêmes se considèrent ainsi, du fait qu’ils vivent ensemble dans le « convitto », foyer de la faculté, et qu’ils ont tous les matins des prières de 30 minutes, avec chaque fois une personne différente qui apporte un petit message sur un texte biblique.

Tous les étudiants de la Facoltà à la fin de la première semaine intensive de cours sur la Transformation non-violente des conflits

Tous les étudiants de la Facoltà à la fin de la première semaine intensive de cours sur la Transformation non-violente des conflits

Quant à la vie à Rome, elle fut plutôt déstabilisante : tout deux habitués à vivre dans des lieux plutôt campagnards, le contraste fut très grand ! Rome, avec plus de 2,5 millions d’habitants et pas beaucoup moins de voitures et de scooter, est une ville qui ne s’arrête jamais, et où il est difficile de marcher droit dans la rue sans heurter personne. Heureusement, notre appartement se situait en dehors de la ville, à Ostia, qui, en dehors des soirs de match de l’AS Roma, est une ville assez tranquille. Nous aurions pu prendre une chambre dans le convitto de la faculté, mais nous souhaitions habiter ensemble dans un lieu extérieur, pour faciliter la « séparation mentale » des différents moments de la journée. Nous sommes très contents de cette expérience, même si elle nous a valu de faire trois heures de trajets par jours pour aller et rentrer des cours, et d’expérimenter les critères de conforts différents dans chaque pays (nous avons notamment eu plusieurs problèmes avec l’eau chaude qui ne venait pas toujours, et le chauffage central qui était trop fort !).

Même au mois de janvier, il fait chaud !

Même au mois de janvier, il fait chaud !

En bref, cette expérience de quatre mois nous aura beaucoup apportés et nous aura fait grandir, d’un point personnel mais aussi théologique. En effet, le fait que nous l’ayons vécu sur la fin de nos études nous a permis de réutiliser les connaissances acquises durant les années précédentes, pour pouvoir nous positionner, et cela principalement grâce aux échanges avec les étudiants de la Facoltà valdese.

A ce stade, nous ne pouvons donner qu’un seul conseil à tous les étudiants, de théologie mais bien sûr aussi d’autres facultés : partez à l’étranger, faites l’expérience de vous dépayser, de vous décentrer, et vous en ressortirez assurément enrichis et grandis !

Alice Dalla Valle et Sylvain Corbaz