La grande déportation

« Que de souffrance et d’égarements ont été causés par les erreurs et illusions tout au long de l’histoire humaine et, de façon terrifiante, au XXe siècle ! Aussi le problème cognitif est-il d’importance anthropologique, politique, sociale et historique, S’il peut y avoir un progrès de base au XXIe siècle, ce serait que les hommes et les femmes ne soient plus les jouets inconscients non seulement de leurs idées mais de leurs propres mensonges à eux-mêmes. C’est un devoir capital de l’éducation que d’armer chacun le combat vital pour la lucidité. »

Edgar Morin

« Refugees Welcome » voilà ce que l’on peut lire sur des chiffons géants accrochés sur divers bâtiments de plusieurs villes européennes. Les grands cœurs empreints d’une solidarité inconditionnelle ne rêvent que d’ouvrir leurs bras aux milliers de réfugiés qui fuient le sang, la dictature et la guerre. Certains ne manquent pas de s’acheter des autocollants où l’on peut y lire attention je cache un Syrien chez moi. Ils les colleront où bon leur plaira, notamment sur le dos de l’écran de leurs ordinateurs portables. Les marchands ont rapidement compris qu’il y avait moyen de faire commerce là-dessus.

Les cœurs secs, eux, ne souhaitent qu’ériger des murs, façon Victor Orban en Hongrie. Et oui, il y aurait, d’un côté, les bonnes âmes, dont on ne saurait encore voir les ailes qui poussent sur leurs dos, et de l’autre, des Nazis en puissance, guidés par Satan, hostiles à l’arrivée de migrant sur le sol européen. C’est la violence tribale blanche du fucking white male face à la douceur du blanc chrétien fils spirituel de Saint-François d’Assise, élevé dans la haine de soi. Ce dernier ne veut qu’une chose Ouvrir son cœur et son esprit Ouvrir les frontières de son pays[i]». Eh ouais ! Aujourd’hui, dans notre société Lalanne c’est un artiste. On ne peut pas malheureusement pas changer d’époque. C’est agaçant…

Enfin, revenons à nos moutons, ou plutôt à nos migrants. (« Attention, ça commence vraiment à sentir le racisme[ii] ») Oui, alors pour commencer, ils viennent de Syrie. Ils fuient la violence de la guerre, de Daesh et de Bachar Al-Assad. Mais ils viennent aussi du Soudan et d’Erythrée et de Somalie…. Ce sont des réfugiés de guerre, économiques, politiques, humanitaires… enfin on ne sait pas trop… Ils sont des délinquants en puissance. Ils sont des violeurs de Colonaises. Ils sont une chance pour l’Europe. Ils sont des envahisseurs. Ils sont des héros qui risquent leurs vies pour atteindre le territoire européen en traversant les mers. Ils sont des soldats de Daesh. Ils sont très bons cuisiniers. (Enfin nous n’en savons rien. Nous ne sommes pas allés au refugee food festival de Genève.) Ils sont un enrichissement pour la culture occidentale. Ils niquent la France, ils préfèrent aller en Grande-Bretagne. Il y a peut -être un nouveau Montaigne parmi eux. Enfin voilà… Ils viennent de tous les horizons de la planète. On leurs donne tous les noms du monde et ils sont porteurs de tous les biens faits ou de tous les maux de la Terre…

Tout cela n’a pas de sens. Contentez-vous de mettre ne serait-ce que 9000 personnes, choisies aléatoirement, dans un même endroit, comme par exemple, au hasard, dans une jungle à Calais. Bon ben du coup, vous aurez peut-être 50 touristes chinois qui s’amusent à photographier n’importe quoi. Quelques occidentaux récemment resalafisés en mal de sensations fortes qui projettent d’aller faire le Djihad en Syrie. Des sans-dents. Des suprématistes noirs ou blancs. Une féministe hystérique fan des Pussy Riot. Des militants LGBTQ, deux trois transgenres, le jeune et dynamique Sebastian Kurz (ouais désolé mais Macron on n’a déjà beaucoup parlé de lui.) Un militant FN Paca qui gueule on est chez nous dans les meetings de Marine Le Pen, un sauveteur de haute montagne, un comptable et deux lecteurs de Mein Kampf. L’un par adhésion et l’autre parce qu’il s’emmerde. En somme, c’est innommable. Il y a de tout dedans. C’est le merdier. Il est donc complètement ridicule de vouloir parler des migrants comme d’un tout homogène qui serait une bonne ou une mauvaise chose en soi pour l’Hôtel Europe.

« Nous aimons les ouvriers quelques soient les origines[iii] » scandait Marie-George Buffet, députée de Haute-Seine et membre du PCF, face à Gilbert Collard dans une émission sur France 2 en 2012 Ha ! cette phrase, nous pourrions la répéter plusieurs fois avec tout le désespoir du monde avant de partir en crise d’hystérie comme Christine Angot face à Cendrine Rousseau chez Ruquier. La vision de la lutte de classe réduite au psychologico-affectif, c’est vraiment l’apnée du concept. On est loin de Helen Keller, Rosa Luxembourg ou de Louise Michel. On en a eu des femmes de talents dans le combat politique de lutte ouvrière, mais Marie-George Buffet c’est vraiment la femme de trop. Marie-George Buffet, il y a « buffet » dedans. On pourra y ranger assiettes, verres, couteaux et fourchettes ayant servi au Refugees food festival. Elle en tout cas, elle ne risque pas de se faire déporter en Nouvelle-Calédonie. Marie George Buffet peut-être qu’elle aime les ouvriers mais eux ne l’aiment pas. Aujourd’hui, ils sont passés du PCF au FN. Marie George…qu’elle aille faire des free hugs aux sorties d’usines mais par pitié, qu’elle nous laisse le sérieux.

Le grand patronat, lui aussi, il aime les ouvriers. Surtout, lorsqu’ils viennent de loin et qu’ils coûtent moins chers. Il ne voudrait surtout pas les voir disparaître, mais à condition qu’ils se contentent de n’être que des ouvriers et non pas des hommes. « (…) c’est la partie la plus petite et strictement indispensable du produit qui revient à l’ouvrier ; juste ce qui est nécessaire, non pas pour qu’il existe en tant qu’homme, mais pour qu’il existe en tant qu’ouvrier ; non pas pour qu’il perpétue l’humanité, mais pour qu’il perpétue la classe esclave des ouvriers[iv]En Allemagne, il n’hésite pas aujourd’hui à faire travailler plus de 100’000 réfugiés pour 0,80 centimes d’euros de l’heure[v]. En décembre 2015, nous comptabilisions plus d’un million de migrants arrivés dans les six pays frontaliers de l’Union européenne[vi]. Ça va en faire des mini jobs si ce concept se développe à l’ensemble des pays européens. On ne sait pas vraiment ce qu’ils sont ces migrants mais maintenant nous connaissons leur fonction objective, soit d’être une main d’œuvre servile ou alors une formidable armée industrielle de réserve.

Une partie de ceux-ci finiront dans la jungle calaisienne. Véritable enfer sur terre, elle est une fabrique de délinquant en puissance. Nous savons que le profil type du criminel est celui du jeune homme. En effet « on constate que partout dans le monde, il existe un lien entre l’âge et la criminalité. On commet en effet davantage d’infractions entre quinze et vingt-cinq ans qu’à tout autre âge.[vii] » La variable sexe joue également un rôle puisque « tant les statistiques officielles que les sondages montrent qu’il s’agit d’un jeune homme[viii] ». Concernant la migration d’un pays à l’autre « est principalement une affaire de jeunes plutôt que de vieux hommes plutôt que de vieux et d’hommes plutôt que de femmes. Sachant par ailleurs que les jeunes hommes représentent justement la partie de la population la plus criminogène, il est donc logique que la population migrante soit plus impliquée dans la criminalité que ceux qui ne bougent pas de leur lieu de vie initial.[ix]» La question ethnique n’a donc pas grand-chose avoir là-dedans. Enfermez dans une prison à ciel ouvert, des jeunes hommes, à l’aube de leur vite, sans réelle perspective d’avenir et forcément cela en fera, pour une bonne partie d’entre eux, des criminels. « Les hommes sont comme des pommes, quand on les entasse, ils pourrissent[x]. » Il y a que les vaches pour rester sages et brouter calmement quand on les enferme dans un enclos, trop stupides qu’elles sont certainement, pour se rendre compte que ce sont elles qui sont du mauvais côté de la barrière.

Calais, ville ouvrière de la France des oubliés. Une véritable bombe à retardement pour le pouvoir en place. Lieu où le Blanc miséreux se voit contraint de vivre en présence d’autres pauvres venus des quatre coins de la Terre. Sommé qu’il est d’accepter leur présence sous peine d’être traité de raciste par la bourgeoisie des beaux quartiers qui s’agace de voir ces manges-merdes et ces sans-dents blancs comme des culs refuser de cohabiter avec les bougnoules et les négros, lui empêchant ainsi de se donner bonne conscience pour pas cher. En face, le migrant ne comprend pas cette hostilité nourrie envers lui. De plus, il s’emmerde dans sa jungle. Quand le premier voit à travers le second un étranger sur sa terre, lui volant son travail, le second voit en ce dernier un blancs colonisateur responsable de tous ses maux. Bon, ben alors ils finiront par se mettre sur la gueule sans comprendre qu’ils sont tous deux victimes d’un même système, d’une même situation qui les dépasse, l’ultra libéralisme mondialisé.

Quant aux immigrés, entre eux non plus ce n’est pas toujours le grand amour. Cela ne marche pas à tous les jours très bien le vivre ensemble. Il n’est pas rare qu’ils se bastonnent parmi. A Calais on pourra bientôt organiser des combats interethniques d’indigents. Avec par exemple au menu de la soirée, une rixe entre lumpen prolétariat d’Afghanistan s’opposant à celui du Soudan… ouais parce que ça a pété entre eux pour une histoire de vol de téléphone portables[xi]… Toute cette vague de migration a commencé lorsque l’Aube de l’Odyssée, en 2011, a décidé de mettre un terme au règne de Muhammar Al Kadafhi, surnommé au sein de beaucoup de peuples africains « le roi des rois. » La Libye était un des pays où le niveau de vie était l’un des plus élevé d’Afrique. Ce dernier contenait l’émigration massive en direction de l’Europe. A cette époque Nicolas Sarkozy était chef des armées françaises. Telle une réceptionniste servile et obéissante, après un coup de téléphone de Bernard Henry-Lévy, il lancera son armée pour mettre à bas ce régime. Parce que son guide, ben…il n’était pas bien. Cela avec la bénédiction de l’ONU et de l’administration Obama. Ouais c’est vrai que les Etats-Unis ne l’aimaient pas trop celui-là…Ces Américains qui entretiennent, par contre, des très bonnes relations avec la monarchie saoudienne. Car là-bas on ne torture pas. On ne tue pas. On applique les droits de l’Homme…, on ne remet pas en question le pétrodollar.

La démographie fait l’histoire. En 2050, l’Afrique comptera deux milliards d’habitants. L’Europe, quant à elle, a un taux de natalité en baisse et plus de 20 millions de chômeurs[xii].La vraie question ne serait-elle pas de savoir comment faire en sorte que ces gens puissent vivre dignement chez eux au lieu de quémander l’asile dans une Europe en crise économique ? Ou alors souhaitons-nous continuer à organiser des migrants express entre Mogadiscio, Bamako et la jungle de Calais, avec parfois des phases éliminatoires en Méditerranée ? Ce continent contient le sous-sol le plus riche du monde en termes de matières premières. Malheureusement, les chefs d’Etats ou plutôt les pions à la tête des nations qui le composent sont en général au service de tous, notamment de la classe capitaliste transnationale, sauf du peuple. Dès lors qu’un président africain tente de mener une politique qui aille dans les intérêts de ce dernier, il est assassiné par les élites traitresses de son pays et la complicité des démocraties occidentales. Nous pouvons penser notamment au destin d’un Thomas Sankara ou d’un Patrice Lumumba, pour ne citer que ces deux. Et oui, une Afrique qui se développe, c’est la fin de la main mise à bas coût sur ses matières premières, notamment ses minerais et son pétrole. A sa tête il faut des chefs d’Etat serviles. C’était d’ailleurs la fonction objective des réseaux de la France-Afrique, mis place par le régime de De Gaulle après l’accession des anciennes colonies française, à l’indépendance. Ils ont fait parler d’eux, notamment en 2001, lors de l’affaire Elfe[xiii]Ils ont aujourd’hui, plus ou moins été balayés, par l’Amérique-Afrique et la Chine-Afrique. Ha là là…les aléas de la realpolitik…

Fatiguée qu’elle est d’avoir à faire face aux revendications de ses ouvriers autochtones, l’élite capitaliste apatride fait venir sur son sol un lumpen prolétariat du Sud. Elle leur oppose d’autres prolétaires plus pauvres encore, plus exotiques et plus malléables qui ne rechigneront pas à travailler pour 0,80 cts de l’heure. Elle renverse les chefs d’Etats des pays, notamment africains, pour mettre à leurs places des marionnettes qui serviront ses intérêts au détriment de son propre peuple. Elle déstabilise des régimes prospères lorsqu’ils ne sont pas assez, selon Banque Mondiale ou le FMI, tournés vers la démocratie marché et d’opinion et le libéralisme économique. Donnant ainsi le champ libre aux entreprises telles que Total ou Areva et beaucoup d’autres encore. Ces dernières s’enrichissent en appauvrissant les populations indigènes des territoires d’Afrique sur lesquelles elles s’implantent. Population qui fuit alors la misère et s’en va en Europe, où croit-elle, elle trouvera une vie meilleure. Là où l’argent tombe des arbres. Là-bas elle servira, bien souvent, de main d’œuvre bon marché.

Il faut impérativement sortir de la dictature de l’émotion et de l’immédiateté qui nous empêche d’analyser les choses dans leurs totalités et leurs complexités. Le problème des migrants et un problème complexe qui mérite des réponses complexes. Du manège pornographico-médiatique du jeune garçon mort sur une plage dans le dessein de culpabiliser les Européens, de la vulgate anti-raciste condamnatrice qui voudrait que ceux qui s’opposeraient à une immigration de masse seraient des fils spirituels d’Hitler, au visage en larme de Justin Trudeau ému face à une famille de migrants syriens arrivée au Canada, tout est fait pour nous empêcher de penser la question, rationnellement, dans toute son intégralité, qui nécessite l’articulation de facteurs sociologiques, démographiques, économiques et géopolitiques. Quant à ceux qui seraient tentés, d’un bord comme de l’autre, de sombrer dans la violence interethnique, nous vous invitons à ne jamais oublier ces mots de Thomas Sankara. « Du reste les masses populaires en Europe ne sont pas opposées aux masses populaires en Afrique. Ceux qui veulent exploiter l’Afrique sont les mêmes qui exploitent l’Europe. Nous avons un ennemi commun[xiv]».

Yoann Lusikila, le 15 novembre 2017

Références

[i] https://greatsong.net/PAROLES-FRANCIS-LALANNE,OUVRIR,100547645.html

[ii]http://www.strategies.fr/actualites/marques/r35567W/la-licra-en-guerre-contre-le-racisme-ordinaire.html

[iii] results?search_query=marie https://www.youtube.com +george+buffet+vs+collard

[iv] Karl Marx, Manuscrit de 1844, Edition sociale, 1972, p.10

[v] http://www.europe1.fr/international/migrants-lallemagne-cree-des-emplois-a-80-centimes- de-lheure-2828170

[vi] Kuhn, André, Sommes-nous tous des criminels ? Les Editions de l’Hèbe, 2002

[vii] Idem

[ix] Idem

[x] Mirabeau

[xi]http://www.lavoixdunord.fr/archive/recup/region/calais-quatorze-blesses-dans-une-bagarre-entre-migrants-ia33b48581n2844653

[xii] https://www.touteleurope.eu/actualite/le-taux-de-chomage-en-europe.html.

[xiii] http://www.liberation.fr/portrait/2001/02/07/l-affaire-elfe_353795

[xiv] Thomas Sankara, extrait de son discours sur la dette, le 29 juillet 1987

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