La Baie des anges ou le pouvoir du hasard

Remettre en jeu son avenir quitte à perdre tout ce qui nous entoure. Vivre de cette adrénaline qui peut nous détruire et nous reconstruire par le biais d’une série de numéros, de jetons et de cartes. Voici dans quel système certains individus se retrouvent plongés. Voici ce dont cet article va parler.

A travers ce film en noir et blanc, Jacques Demy signe un long métrage dont le thème principal est toujours d’actualité ; l’addiction aux jeux de hasard. Par le biais des personnages de Jean Fournier (Claude Mann) et Jackie (Jeanne Moreau), l’on se replonge dans la France des années 60. La côte méditerranéenne est toujours d’un charme éclatant mais ce décor souligne un contraste flagrant avec la trame du film. Les deux personnages principaux nous plongent, effectivement, dans les méandres du casino, de ses vices et de son emprise sur l’être humain. Jean Fournier, convaincu, dans les premières minutes du film, qu’il ne tomberait pas dans le jeu, va devenir un des principaux acteurs de cette machination qui le mènera à s’interroger rapidement sur son rapport au jeu. Jackie, quant à elle, symbolise l’addicte de premier ordre. Cette charmante jeune femme, aux cheveux blond platine, est déjà perdue dans une passion qu’elle tend à comparer à sa religion.

« Nous sommes complices d’un jeu, tenons-nous-en-là. »

Pour elle, le jeu de la roulette s’est transformé en une raison de vivre. L’argent, pourtant si important pour de nombreuses personnes, n’est, pour elle, qu’un outil servant à nourrir sa soif éternelle d’adrénaline. Avec « la baie des anges », l’on se retrouve entrainé dans un ascenseur émotionnel continuel. Entre joie et destruction, entre richesse et pauvreté, les acteurs nous entrainent dans une vie que, par moment, beaucoup d’entre nous pourraient envier mais qui, finalement, souligne la dangerosité du système. Cette dangerosité qui engloutit nombre de personnes, années après années et qui, semble-t-il, n’est pas en phase d’être combattue. Une addiction qui ne pèse que peu.

L’appât du gain, la chance du débutant et la croyance en l’argent facile. Voici des éléments qui peuvent amener de nombreuses personnes dans l’addiction au casino. Il suffit d’une belle victoire, dès le départ, pour arriver à dépenser tout son salaire dans un endroit généralement dépourvu d’horloge pour éviter de rappeler les heures qui défilent. Moi-même j’ai eu l’occasion de jouer à la roulette et, comme tous, j’ai eu ce petit instant de tension ou je me demandais ce que ma mise deviendrait lorsque la bille s’arrêterait sur un numéro. Cette sensation de joie mais également de crainte car la finalité de ce jeu n’est due qu’au pur hasard. C’est de cette sensation que certaines personnes n’arrivent pas à se détacher. Cette adrénaline constante qui peut, en très peu de temps, déterminer notre avenir le plus proche.

« J’aime le mystère des chiffres, le hasard ».

Ce hasard qui peut faire de chacun quelqu’un de riche ou de pauvre. A cet instant, l’argent perd son identité première pour devenir un outil servant à satisfaire ses pulsions personnelles.

Luca Crausaz

Le 30 octobre 2017